Une décennie pour transformer l’Est : récit d’espoir et de résilience rurales
Comment le programme a travaillé au relèvement et à la stabilisation progressive de PDI à travers leur intégration dans des organisations
Nexus Développement - Humanitaire
Une décennie pour transformer l’Est : récit d’espoir et de résilience rurales
Comment le programme VALPAPE accompagne l’autonomisation des femmes à travers leurs unités de transformation.
Ingénierie sociale
Une décennie pour transformer l’Est : récit d’espoir et de résilience rurales
Science et savoirs locaux au service de l’adaptation climatique.
IAM / Co-innovation
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Valpape : Une décennie pour transformer l’Est :
récits d’espoir et de résilience rurales

Lancé en 2015 dans la région de l’Est du Burkina Faso, le programme VALPAPE — Tinsuagui — est né avec une ambition claire : valoriser le potentiel agro-pastoral du territoire et renforcer durablement la sécurité alimentaire des communautés rurales. Au fil des ans, il s’est imposé bien au-delà d’un simple programme agricole. VALPAPE est devenu un véritable moteur de transformation sociale et économique, en aidant les acteurs locaux à mieux produire, à transformer, à accéder à l’information, à innover ensemble, à conquérir de nouveaux marchés et à bâtir leur résilience.

Ce webdocumentaire revient sur plus d’une décennie d’engagement, d’efforts partagés et de progrès tangibles. Une décennie durant laquelle les communautés de l’Est ont appris à avancer, à se relever et à garder le cap malgré les crises.

Pour comprendre la portée de cette aventure, il faut revenir à l’essentiel : qu’est-ce que VALPAPE et d’où vient cette initiative devenue incontournable dans l’Est du Burkina Faso.

Pour comprendre le sens profond de VALPAPE et les enjeux auxquels il répondait dès sa conception, écoutons Salifou SARE revenir sur le contexte de sa création.

L’histoire de VALPAPE ne commence pas avec VALPAPE… elle s’enracine dans un programme antérieur, ADELE, et dans les besoins qui restaient encore à combler.

Au fil de ses trois phases, VALPAPE s’est adapté aux réalités du terrain.
D’abord en soutenant la production, l’accroissement des revenus et la création de conditions cadres pour le développement du secteur ASP dans la région de l’Est (2015-2018), puis en créant de nouvelles opportunités économiques pour les jeunes et en structurant les marchés agricoles (2019-2022).
Un Programme qui a donné espoir aux jeunes de la région à travers la création d’emplois décents dans les activités ASPH et activités connexes.

À partir de fin 2022, le programme a recentré son action sur le renforcement de la résilience face à la crise sécuritaire et humanitaire.
Pour y parvenir, il s’est appuyé sur des approches complémentaires : Ingénierie sociale, Information agrométéorologique & Co-innovation paysanne, Nexus humanitaire-développement. Grâce à cet ensemble cohérent, VALPAPE a accompagné des organisations rurales, des femmes transformatrices, des jeunes entrepreneurs ainsi que des personnes déplacées internes, en leur permettant de consolider leurs moyens d’existence et d’avancer malgré les défis.

Ingénierie sociale pour une autonomisation économique des bénéficiaires à travers : le développement de la production, le renforcement des capacités techniques et managériales et la sécurisation des revenus. C’est ainsi que tout a commencé.

VALPAPE a voulu transformer en profondeur les dynamiques locales en renforçant la capacité des acteurs à agir, décider et avancer collectivement pour une autonomisation véritable. Deux leviers ont été déterminants dans cette démarche.
Le premier portait sur l’accompagnement à la production et sur le développement de marchés fiables pour les Unités de transformation agricole. Renforcement de capacités techniques, structurelles et de leaderships ont guidé l’action. À ce sujet, Marceline Bationo/Kuéla, Experte en développement de marchés, revient sur les actions qui ont permis d’ouvrir de nouveaux débouchés pour les produits de la région de l’Est.
Le programme a également travaillé, en collaboration avec la Chambre régionale d’agriculture (CRA), à jeter les bases d’une meilleure promotion des produits locaux. L’objectif : créer des débouchés sûrs et durables pour les produits agricoles transformés, et renforcer ainsi la visibilité et la valeur ajoutée de la production régionale.

Les appuis reçus ont amélioré les conditions de travail au sein des UTA.

Pour les Unités de transformation agricoles, les résultats parlent d’eux-mêmes. Grâce à l’appui de VALPAPE, elles accèdent désormais aux marchés institutionnels, une avancée décisive pour la pérennité de leurs activités.

Des organisations qui gagnent la confiance des collectivités territoriales grâce à leur capacité à honorer les contrats et qui contribuent également à la promotion du consommons local.

Parmi ces nouveaux débouchés, certains clients témoignent directement de la qualité des produits. Michel Youma, fidèle acheteur des produits de l’Association des Femmes Persévérantes du Gulmu, partage ici sa satisfaction et la qualité qu’il reconnaît au savoir-faire de l’association.
Michel Youma, Client de l’AFPG

Le deuxième repose sur le mécanisme de gestion de la qualité au sein des unités de transformation agricole à travers l’évaluation par les pairs. Cette démarche a renforcé l’apprentissage collectif, encouragé le partage d’expériences et élevé le niveau d’exigence en matière de qualité au sein des organisations.

Deux Unités de transformation de riz — l’Union départementale des étuveuses de riz de Yamba (UDERIZ) et l’Association des Femmes Persévérantes du Gulmu (AFPG) — ont participé à un exercice d’évaluation par les pairs. À l’issue de la visite, la présidente de l’association visiteuse présente son appréciation du processus et les principales observations formulées.
Les observations formulées ont été favorablement accueillies par l’association hôte, qui s’est engagée à en tenir compte afin d’améliorer la qualité de son travail.

Si les Unités de transformation agricoles ont renforcé leur autonomie grâce aux formations, aux appuis techniques reçus et à l’accès aux marchés institutionnels, les effets du programme dépassent largement le cadre organisationnel. Sur le plan individuel, cela a favorisé l’autonomisation socio-économique des membres : fortes des compétences acquises et de la confiance développée, certaines femmes ont initié des activités complémentaires qui leur procurent aujourd’hui des revenus additionnels.

Valentine Kuéla, Bénéficiaire de VALPAPE

Information agrométéorologique & Co-innovation : savoir anticiper pour mieux produire

L’Information Agrométéorologique (IAM) et la Co-innovation constituent deux piliers majeurs du dispositif d’appui du programme VALPAPE. En combinant la précision de l’information climatique et la construction collective de solutions, VALPAPE a renforcé la capacité des acteurs ruraux à anticiper les risques, améliorer leurs rendements et accroître leur résilience.

Dans ce contexte, l’information agrométéorologique apparaît comme un outil déterminant pour anticiper, décider et sécuriser les productions. Mais que recouvre exactement cette notion d’information agrométéorologique ?

Le dispositif s’appuie notamment sur les paysans observateurs, premiers maillons de la chaîne.

Les informations collectées par les paysans observateurs prennent tout leur sens lorsqu’elles sont mises en perspective avec l’appui technique reçu sur le terrain. Aux côtés des producteurs, les techniciens d’agriculture analysent, précisent et traduisent ces données en conseils pratiques adaptés aux réalités locales.

Les données transmises par les Paysans observateurs permettent à l’Agence nationale de météorologie (ANAM) d’affiner les données pluviométriques de la zone et de produire les IAM. Par ailleurs, elle fournit les alertes et les prévisions saisonnières.

Les radios locales occupent également une place essentielle dans le dispositif, à travers la diffusion des IAM comme en témoigne l’un des animateurs du réseau des radios partenaires du programme.

Ce sont les producteurs eux-mêmes qui mesurent le mieux l’impact de l’information agrométéorologique. Sur leurs parcelles, saison après saison, ils ont appris à anticiper, à réduire les pertes et à sécuriser leurs récoltes et leurs cheptels. Ils nous racontent ici, avec leurs mots, ce que l’IAM a réellement changé dans leur manière de produire et de décider.
Aujourd’hui, les producteurs ne se contentent plus de recevoir l’information agrométéorologique : ils la considèrent comme un véritable levier de production. Leur ambition est claire : que l’IAM soit reconnue au même titre qu’un intrant agricole essentiel — aussi indispensable que la semence, l’engrais ou l’eau — tant son impact sur la décision agricole et la sécurité des récoltes est devenu déterminant.
Parallèlement à l’IAM, une nouvelle dynamique de travail a émergé : paysans, techniciens, chercheurs et acteurs locaux ont combiné leurs savoirs pour tester, comparer et améliorer des solutions directement sur le terrain. Ici, l’innovation ne vient pas d’en haut — elle naît au champ, à partir d’essais partagés, de discussions entre pairs et des leçons tirées saison après saison. Ce processus collaboratif a été désigné sous le nom de Co-innovation.
Le processus de Co-innovation a été mis en œuvre dans trois communes de la région : Yamba, Bogandé et Kantchari. Au terme de cette démarche participative, onze innovations ont été mises au point avec les producteurs, témoignant de la richesse des solutions co-construites directement sur le terrain.

Dans la commune de Bogandé, les innovations développées concernent :

  1. l’amélioration des techniques de culture cloisonnée ;
  2. les méthodes de lutte contre les termites ;
  3. la prévention de la rétention placentaire chez les animaux ;
  4. la prise en charge de la diarrhée animale
  5. la lutte contre l’insuffisance de lait chez les nouvelles parturientes

Awa Haro, paysanne innovatrice de Sorgha

Dans la commune de Yamba, les innovations identifiées concernent :

  1. l’appui-conseil agricole de type paysan ;
  2. la fertilisation des sols par l’enfouissement des résidus de récolte ;
  3. la réduction de la mortalité des pintadeaux.

Diadama Lompo, paysan innovateur de Diakongou – Commune de Yamba

Dans la commune de Kantchari, les innovations développées portent sur :

  1. l’utilisation de l’extrait aqueux de fruits de Neem pour lutter contre les insectes nuisibles des cultures ;
  2. l’utilisation de l’extrait aqueux de la plante Tontondi (Chamaecrista nigricans) pour combattre la dermatophilose des ruminants ;
  3. l’utilisation de l’extrait aqueux de tabac et de piment pour la lutte contre les insectes ravageurs des cultures

Nexus humanitaire-développement - Rester debout malgré tout : accompagner la résilience en temps de crise

Lorsque la crise sécuritaire a frappé la région de l’Est, entraînant le déplacement de milliers de familles et bouleversant les moyens d’existence ruraux, le programme a été confronté à une réalité nouvelle. Il ne s’agissait plus seulement de renforcer des producteurs installés et des filières en croissance, mais aussi d’accompagner des femmes et des hommes qui avaient tout perdu, et de soutenir des communautés hôtes déjà sous pression. Dans ce contexte, le programme a adopté une approche nexus humanitaire-développement : répondre à l’urgence tout en préparant l’avenir, protéger les moyens de subsistance tout en renforçant les capacités locales, agir pour aujourd’hui sans renoncer au long terme.

Dans ce contexte, VALPAPE a adopté une approche nexus humanitaire–développement, combinant réponse d’urgence et renforcement des capacités locales. L’objectif : protéger les moyens de subsistance immédiats, préparer la relance économique et continuer à agir dans le présent sans compromettre les perspectives de long terme.

Pour répondre aux conséquences de la crise sécuritaire et humanitaire dans l’Est, le programme a structuré son intervention autour de deux approches complémentaires. La première, dite « graduation ».

Afin de répondre aux besoins immédiats des participants, la première étape des appuis a consisté à la mise à disposition de kits alimentaires

Sur l’inclusion financière des participants, le Programme s’est appuyé sur la mise en place d’Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC). Ces cadres d’entraide ont permis aux ménages vulnérables — en particulier les personnes déplacées internes — de reconstruire progressivement leurs capacités économiques, de sécuriser une épargne et de retrouver, étape après étape, une autonomie financière.

Boukaré Bagagnan, président de l’Association villageoise d’épargne et de crédit Taayama dans la commune de Diapangou explique comment les membres accèdent au crédit pour développer leurs activités génératrices de revenus et entretiennent un esprit d’entente qui renforce la cohésion de l’association.

Les AVEC offrent aux ménages fragilisés une véritable marge de manœuvre économique. En sécurisant une épargne régulière, en facilitant l’accès à de petits crédits et en créant un cadre d’entraide structuré, elles permettent à leurs membres de relancer une activité, de répondre à des besoins essentiels ou simplement de traverser les périodes difficiles avec davantage de sérénité.
Pendant que les AVEC fonctionnent, le coaching ainsi que les renforcements de capacités en compétences de vie, techniques et entrepreneuriales se poursuivent de manière structurée. Quant à la mise à disposition de la subvention productive constituée de kits AGR, elle vient couronner le cycle, et c’est une nouvelle aventure qui s’écrit.
Distribution-de-kits-AGR
Et ce sont les bénéficiaires eux-mêmes qui témoignent le mieux des changements observés.

La seconde approche, axée sur le relèvement, a ciblé des acteurs déjà accompagnés par le projet mais fortement affectés par la crise. Elle a consisté à leur apporter un appui destiné à restaurer leurs moyens de subsistance et à relancer leurs activités économiques. Deux démarches différentes, mais un même objectif : permettre aux familles et aux acteurs économiques de résister, de se rétablir et de reprendre leur progression, malgré l’adversité.

Pour celles et ceux dont les activités ont été brutalement interrompues par la crise, l’appui au relèvement a souvent représenté une véritable bouffée d’oxygène. 

Paguindamba Nassouri, jeune formateur endogène du Programme au cours de la phase 2, revient sur l’appui reçu et sur la manière dont il a pu relancer son activité.

Pour d’autres acteurs, la crise a entraîné des pertes si soudaines qu’il a fallu repartir presque de zéro. Sardingui Lompo partage son expérience.

Ancienne Secrétaire Générale de la Chambre régionale d’agriculture, Aminata Lompo a suivi de près la démarche de Sardingui lorsqu’il s’est relancé dans son activité. Elle salue la détermination et la bravoure avec lesquelles il a su se reconstruire malgré les difficultés.

Si le Programme a obtenu des résultats tangibles, c’est grâce à la flexibilité de la Coopération suisse. Une flexibilité qui permet au programme de répondre aux besoins immédiats et cruciaux des populations, à l’image de la réhabilitation de la digue du barrage de Bogandé, dénommer «la digue de l’espoir ».

L’une des premières situations imprévues auxquelles le programme a été confronté a été la rupture de la digue du barrage de Bogandé en 2015. Bien que l’entretien de cet ouvrage ne fasse pas partie des investissements prévus, sa défaillance, avec le risque majeur de perturber les activités de production locales, a révélé la nécessité d’une intervention urgente et coordonnée, tout en illustrant la capacité d’adaptation du programme VALPAPE face aux réalités du terrain.

Produire durablement suppose en effet de sécuriser les ressources essentielles à la vie économique locale. L’accès à l’eau conditionne les cultures de contre-saison, l’élevage et l’ensemble des activités qui en dépendent. Lorsque la digue du barrage de Bogandé a cédé, c’est tout un système de production qui s’est trouvé fragilisé, plongeant les communautés dans l’incertitude.

Et les conséquences sont immédiates : des pertes importantes, économiques comme sociales, qui fragilisent encore davantage les populations.

Face à la gravité de la situation, les autorités locales ont sollicité l’appui des partenaires afin d’éviter une crise encore plus profonde à l’approche de la saison des pluies. En réponse à cet appel, la Coopération suisse, à travers le programme VALPAPE, a mobilisé près de 178 millions de FCFA pour financer les études techniques et assurer la réhabilitation complète de la digue.

Salifou Saré, Chargé de Programmes / Coopération Suisse

VALPAPE et le ministère de l’Agriculture ont confié la réhabilitation de la digue au Génie militaire, qui a officiellement lancé le chantier en avril 2016. Deux mois plus tard, la digue était de nouveau opérationnelle, au grand bénéfice des quelque 265 exploitants qui en dépendaient.

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